Qu’est-ce qu’on fout ici?

Qu’est-ce qu’on fout ici?

Il est 3h00 du matin, le silence total, une nuit comme d’autres…  Soudain dans les haut-parleurs l’alarme nous tire du lit et le message s’ensuit : Attention! Attention! Autopompes 202, 201, 204 répondez au 1034 chemin Gagnon pour un feu de bâtiment (adresse modifiée évidemment!).  Ce sera un appel fondé…  Ça se sent : l’heure de l’appel, le ton du répartiteur, le feeling…  On ajoute sur l’attribution l’échelle 402, l’unité de soutien 1001, et l’officier commandant 120.

La première autopompe sur les lieux confirme mon feeling : présence de fumées et de flammes…  Ok je l’avoue, les battements cardiaques augmentent, même après toutes ces années…  Un autre ballet débute…  Je suis l’officier commandant dépêché sur les lieux pour gérer l’intervention.  Je serai secondé de deux autres officiers de direction.  J’arrive environ 2 minutes après la deuxième autopompe.  Le personnel a déjà débuté les opérations.  Les gars savent quoi faire…  C’est notre job après tout, éteindre les feux…

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Un bâtiment commercial dont la fumée s’échappe par une vitrine brisée.  Aucun sauvetage, aucune évacuation… Il est 3h00 du matin, les commerces sont fermés.  On fait une tournée du bâtiment pour relever la situation, la forme du bâtiment, les risques, les issues, les moyens d’accéder au bâtiment, et toutes les informations nécessaires pour gérer l’incendie de façon sécuritaire et efficace.

Après le transfert d’informations du premier lieutenant arrivé, je prends officiellement le poste de commandement.  Je donne mes consignes, une équipe est déjà à l’attaque avec une lance à l’intérieur.  J’en assigne une deuxième équipe pour doubler le jet à l’entrée du bâtiment et puis à la fermeture de l’entrée d’alimentation de gaz naturel du bâtiment pour éviter qu’un bris et une fuite n’alimente le feu ou pire, provoque une explosion.  Prochaine unité assignée à la jonction arrière du commerce en feu car il est adjacent à un restaurant.  J’ai besoin de savoir si le feu est contenu ou s’il se propage au restaurant.  On donne le code 10-09 (tous les intervenants sont engagés et il y a un risque d’aggravation de la situation).  Nous demandons une 4e autopompe et un 2e camion-échelle.  À leur arrivée je les envoie tenter de trouver l’entrée électrique du bâtiment car il y a un risque de chocs électriques pour mes intervenants à l’intérieur, les gaines isolantes des câbles électriques étant fondues.   En effet, de l’eau sur des câbles électriques endommagés et sous tension, ce n’est pas très bon pour la santé!  J’ai besoin d’autres personnel, le feu se propage au toit, une 5e autopompe est demandée sur les lieux.

Image: FDNY firefighters work to cut through the roof of a building, while fighting a major fire in the Brooklyn borough of New York

L’officier du 204 au toit m’avise : une énorme fente se voit dans la glace et la neige qui recouvre le toit. Il lance le message à tous les intervenants, le toit est affaibli et commence probablement à s’affaisser.  Son observation est juste, l’acier nu de la structure du toit ne résiste pas à la chaleur…  On s’assure que l’équipe à l’intérieur soit au courant et on établit un périmètre d’accès interdit.

Comme je disais, un autre ballet s’exécute cette nuit…  Les officiers acceptent mes commandes  que je base sur les informations et suggestions qu’ils me donnent.  Les pompiers exécutent les tâches que les lieutenants leur donnent.  Au début dans une fumée à n’y rien voir, dans un bâtiment dont on ne connaît ni le cloisonnement ni ce qui se trouve à l’intérieur, ils entreront, éteindront les flammes, feront les ouvertures nécessaires…

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Des débris, du gypse et autres matériaux leur tomberont sur la tête, des conduits de ventilation s’affaisseront, des câbles électriques deviendront des pièges à pompier, la structure d’acier du toit affaiblie par la chaleur commencera elle aussi à s’affaisser…  Puis la fumée passe du noir au gris foncé puis au blanc…  De la vapeur…  En apparence, le feu est en voie d’être éteint dans le commerce…

Mais non, il n’a pas fini, il s’est infiltré dans le toit et dans les murs parapets.  On devra aller ‘’botter’’ en haut, sur un toit tout croche, affaibli par le feu, après avoir évalué la capacité d’y travailler pour diminuer les risques.  Je regarde mes hommes et une de mes girls travailler.  Tous sales, tous mouillés, en train de couper et d’en arracher pour défaire les structures pour finir d’éteindre ce feu.  Ça fait déjà 6h qu’on est en place.  On a regardé le jour se lever, il fait maintenant clair.  Au moins on voit mieux ce qu’on fait.  Et je les regarde encore avec les scies mécaniques, les haches, les barres d’acier, les projectiles volent dans tous les sens, le vent se lève et projette les débris dans les airs…  Et soudain j’ai un flash: «Qu’est-ce qu’on fout ici? »  Il n’y a personne à sauver, personne à évacuer…  Les pompiers sont là pour sauver les vies non?  Cette nuit, nous n’aurons sauvé la vie de personne…  Au mieux on aura éteint un feu d’origine suspecte que les assurances rembourseront… Ou pas… Mais nous n’aurons sauvé la vie de personne… Le bâtiment devra être reconstruit.  Même s’il est toujours debout quand on le regarde de la rue, l’ensemble de la structure devra être reconstruite.  La question me revient : «Qu’est-ce qu’on fout ici?» À risquer de recevoir n’importe quoi sur la tête, risquer des blessures et des brûlures?  Il n’y a personne à sauver…  En y pensant bien au fond, on sauve de l’argent aux compagnies d’assurances qui auront peut-être à débourser pour les incendies…  Pour peu que la personne ne soit assurée…

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Sur cet appel, comme sur bien d’autres, nous avons pris des risques.  Calculés certes, mais ils ont été pris quand même…  Pour du cash…  Pour que ça coûte moins cher aux compagnies d’assurances…  On se fait des brûlures, des fractures, des écorchures, des ecchymoses, des étirements musculaires, des projections dans les yeux (malgré nos visières), pour que des compagnies d’assurances MULTIMILLIARDAIRES déboursent moins d’argent donc ajoutent à leurs MULTIMILLARDS de profits!  «Qu’est-ce qu’on fout ici? »… Nous aurons hypothéqué notre qualité de vie avec certaines blessures ou simplement endolorie cette dernière, nous aurons écourté notre espérance de vie (des études ont démontré l’augmentation des risques de développement de plusieurs types de cancer chez les pompiers), pour le CASH des compagnies d’assurances?  Ça n’a pas de bon sens!  Je le répète, « Qu’est-ce qu’on fout ici??! »

Puis on regarde plus large…  Le restaurant annexé au bâtiment en feu est presque intact, un peu d’eau en provenance du toit qui n’aura même pas touché le tapis car les pompiers auront pris la peine de mettre une bâche de protection pour récupérer l’eau.  Un peu de fumée et de poussière c’est tout.  Une journée de nettoyage tout au plus.  Un restaurateur encore en affaires, des cuisiniers et des serveuses qui nourrissent encore leur famille car ils ont encore un job…  (En effet, parce qu’après des semaines ou des mois de reconstruction, il n’y a pas toujours de job qui reste…)  Bon ok, ça commence à faire du sens…  On avait peut-être d’affaire ici finalement…  Et les assurances elles?  Ben oui elles bénéficient de notre travail…  Elles débourseront moins d’argent en dommages et pertes…  Les compagnies d’assurances multimilliardaires vont s’arranger pour continuer à faire des milliards…  Mais finalement, qui bénéficie vraiment?  Ce que nous n’aurons pas sauvé et que la compagnie devra rembourser, elle va refiler la facture aux assurés payeurs… Alors qui aura sa qualité de vie diminuée?  Le citoyen payeur…  Alors cette nuit, nous n’avons pas sauvé de vie…  Mais on a contribué a ce que cette vie soit moins pénible pour certain… De savoir que les efforts que nous déployons, les risques que nous prenons, les blessures que nous nous faisons bénéficient aux citoyens fait pas mal plus de sens que de penser qu’on est des sauveurs d’argent pour les riches…

 

 

Ce que j’ai envie de dire aux nouveaux

Tout d’abord : BRAVO et BIENVENUE!

Vous avez été acceptés en essai à titre de pompier en probation dans notre organisation.  Vous avez su démontrer des aptitudes aux tests théoriques et par la suite aux tests physiques.  Ceux de vous qui réussissaient ces étapes se présentaient devant un panel d’entrevue qui devait en quelques minutes évaluer si votre profil cadrait à l’intérieur des critères que l’organisation avait établi comme étant nécessaires pour faire partie du groupe. Évidemment, un test médical finalisait le tout, histoire de s’assurer qu’il n’y avait pas d’empêchement de ce côté en lien avec votre nouvel emploi.  Et vous voilà habillés, tous beaux dans vos nouveaux uniformes, nous parlant poliment avec le « vous » en prédominance…  Je suis très heureux pour vous!  Sincèrement, je me rappelle il y a déjà longtemps (plus de 20 ans!) quand  ça m’est arrivé.

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Mais, il y a un mais…

Vous n’êtes pas engagés officiellement encore!  Vous devez encore réussir votre période de probation de 1 an.  À qui sert cette période de probation?  À la direction du service.  Cette période permettra aux gestionnaires d’évaluer s’ils ne se sont pas trop trompés en vous laissant votre chance!  Mais il n’y a pas que les gestionnaires qui vont vous évaluer, vos officiers et confrères aussi…  En fait dans mon organisation, les gestionnaires n’ont qu’un contact limité avec vous les recrues.  Dans la vie de tous les jours, vous travaillez avec vos confrères pompiers et lieutenants dans les casernes.   Ce sont les officiers de caserne qui inscrivent les observations.  Que vous le vouliez ou non, vous devez vous prouver…  Prouver à tous que pour les 20-25-30 prochaines années, vous êtes la personne sur qui on pourra compter…  Vous devez bâtir votre RÉPUTATION…

Honnêtement, pendant cette période, on ne devrait pas vous retrouver ailleurs que sur le plancher des appareils, dans vos livres ou devant un écran d’ordinateur à visionner de la formation.  En tout cas, pas pendant cette année de probation…  À moins que vous ne soyez le pompier du siècle, maîtrisant dès vos débuts chaque procédure, chaque inventaire de chaque camion, chacune des particularités, opérations et méthodes d’entretien de chaque pièce d’équipement, les subtilités de la détection et mesures, les méthodes de découpe de chaque véhicule en cas de désincarcération,  les opérations et connaissances techniques de chaque véhicule du service que l’on vous confiera…  Vous savez quelles échelles se retrouvent sur quel camion?  Leurs longueurs?  Le fonctionnement de chaque type de lance?  Comment brancher chaque pièce d’équipement électrique?  Comment faire le bon mélange huile-essence pour les outils mécaniques?  Les vérifications à faire sur les embarcations nautiques? Vous êtes encore en mesure de revêtir l’habit intégral en moins de 90 secondes? Évidemment vous savez comment fonctionne l’appareil respiratoire en service?  Vous savez comment remplir tous les formulaires en vigueur au service? Vous vous êtes renseignés sur l’histoire du service?  Son mode de fonctionnement?   Et j’en passe…  Lorsque qu’il vous sera demandé d’aller chercher une scie sur un camion, saurez-vous dans quel coffre elle est située sans ouvrir 6 coffres?  Maîtriser son démarrage? La manipuler?

Et si la prochaine cloche provenait d’une personne qui a besoin d’un sauvetage?  Mais vraiment un SAUVETAGE!  Pas seulement d’une évacuation, mais bel et bien une situation où si elle ne sort pas de sa position dans la prochaine minute, elle ne sera plus parmi nous ou bien si gravement blessée qu’elle ne sera plus jamais la même personne?  Ferez-vous partie de la solution?   Serez-vous la personne sur qui votre collègue pourra compter en cas de problème? Vraiment?  PROUVEZ-LE!

J’ai déjà tout vu ça à l’école…

Que dites-vous?  Vous l’avez appris à l’école?  Mettons une chose au clair, les joueurs des ligues d’élites du sport professionnel font partie de cette élite non pas parce qu’ils ont appris leur sport 1 fois à l’école…  Ils sont là et surtout DEMEURENT dans ces ligues parce qu’ils pratiquent, pratiquent, pratiquent…  Sans arrêt les mêmes jeux, pour que ceux-ci deviennent machinaux… ET POURTANT CE SONT LES MElLLEURS AU MONDE!  Et encore le lendemain ils pratiquent…

Ferez-vous partie des meilleurs?  On ne s’attends pas à votre arrivée que vous connaissiez tout.  J’ai 22 ans de métier, j’ai participé à des milliers d’heures d’interventions de toutes sortes et je ne compte plus les heures de formations.  J’ai pourtant encore l’impression que je n’en connais pas assez dans le métier…  Il y a trop à connaître, chaque intervention est différente et fera appel à vos connaissances, votre calme, votre capacité à vous débrouiller, et surtout l’habileté à vous servir des outils et techniques nécessaires.  On ne s’attend pas à ce que vous soyez le meilleur en débutant mais on s’attend à vous voir proactif, intéressé, curieux, impliqué, en train de lire, regarder des vidéos, entretenir les outils et véhicules, vous voir vous exercer avec ces outils…

Mis à part si l’officier vous dit : « Eille le jeune! C’est beau tu peux prendre un break… », vous devriez être actif dans la caserne…

Dans ce métier chaque joueur a de l’importance.  Qu’il soit une source infinie de connaissances, un travailleur infatigable, un leader incontesté, ou le joueur de soutien…  Ce joueur de soutien est là pour sa fougue, son énergie, sa volonté de faire une différence, le pied « dans l’fond » toujours, pour aider à faire gagner son équipe.  Il doit travailler fort…  TOUS les joueurs ont leur importance dans l’équipe…  Lequel des joueurs précédents êtes-vous?  Vous êtes en probation?  Montrez-nous qui vous êtes…  Au moins faites-nous à croire pendant cette période de probation que vous entrez dans l’une des catégories de joueurs recherchés.  Car si vous ne pouvez nous démontrer ça en probation, qu’est-ce que ce sera une fois bien confortablement protégé par votre confirmation d’emploi?

On vous observe, vous bâtissez votre réputation…  Qu’est-ce que l’on dira de vous lorsque votre nom surgira dans une conversation?

Pour ceux qui comprennent bien l’anglais, je vous laisse sur un discours de bienvenue à des recrues par le Chief Billy Goldfeder.  Retenez-en le plus possible…

La probation est terminée?  Now what?  À suivre dans un prochain article…

 

Du harcèlement psychologique? Ben voyons donc…

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Il y a déjà un bout que je cherche comment aborder le sujet qui me tient à coeur mais je ne savais pas trop par où commencer…  Bref, quoi de mieux que d’insérer un article réveil qui n’est pas celui d’une victime, pas celui d’un agresseur, mais plutôt un article d’une personne qui reçoit à toutes les semaines des victimes démolies à cause de ce fléau.  Malgré une loi qui vise à contrer le harcèlement psychologique au Québec, très peu est fait car trop peu de personnes ne savent ce que c’est, incluant les personnes chargées de faire respecter cette loi…

Nous sommes aujourd’hui en terme de harcèlement psychologique là où nous étions il y a 20 ans en harcèlement sexuel…  Il y a un sérieux travail de sensibilisation, de formation et de vigilance à y avoir…    Alors je vous suggère la lecture d’un bon article réveil pendant que je pense comment apporter plus à ce sujet…  Bonne lecture!

http://psychotherapie-emdr.ca/

 

regarde comme il est paresseux le pompier, il est assis sur le tuyau!

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C’est vrai je vous le donne, ça n’a pas l’air très vaillant un pompier assis sur un tuyau pour arroser… Mais j’ai une bonne explication pour vous. C’est une question de physique, et pas nécessairement du physique du pompier! La manipulation des lances incendies amène trois contraintes importantes: le poids de celle-ci, la manoeuvrabilité et finalement la pression de recul.  Les pompiers utilisent plusieurs sortes de lances d’incendie, dépendamment de la tâche à accomplir et surtout de la quantité d’eau que l’on veux projeter.

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Que laisserez-vous derrière?

Jean Béliveau

Cette semaine sont partis deux autres personnes importantes.  Le premier, Jean Béliveau, capitaine émérite du Canadiens de Montréal.  Depuis une semaine, les éloges fusent de partout.  Les médias ne démordent pas de l’homme qu’il était et du sportif qu’il a été.  On a parlé un peu de ses statistiques, de sa carrière, des buts et des passes de ce dernier.  Mais ce n’est pas ce qui a pris la place publique.  Et ce n’est pas non plus ce que les témoignages parlent le plus.  Ce qui ressort de la vie de Jean Béliveau, c’est sa disponibilité pour les gens, son humaniste, les actions de cœur qu’il a posé, certaines inconnues de la majorité des gens mais qui ressortent suite à des interviews.  Évidemment comme personne publique il a conquis les gens, pour chacun à différents niveaux et pour différentes raisons…

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Au risque de me répéter, ce qui me frappe le plus, ce n’est pas tant le joueur de qui on parle, mais de l’homme.  Il laisse derrière lui UN LÈGUE D’AMOUR, DE DISPONIBILITÉ, DE RESPECT DES GENS, D’UN ÊTRE GENTILHOMME, et finalement des statistiques…

Plus près de moi et beaucoup moins publique, le sergent retraité Yvon Brisson de la police de Terrebonne.

Yvon Brisson

Mr. Brisson travaillait déjà au service de police quand je suis entré en service comme pompier en 1993. Je me souviens du bon vivant qu’il était, toujours en train de sourire et de rire… Je me souviens aussi de son attitude paternelle, voulant nous protéger et nous conseiller quand j’ai travaillé près de lui au bureau de prévention. Je me souviens des dîners à l’ancienne caserne 1. Des dîners où il racontait des anecdotes loufoques de sa carrière avec mon boss, Réal Lanoue. Je n’étais pas un ami intime du sergent Brisson mais je me rends compte de la portée de cet homme en voyant son avis de décès. Moi qui n’ai pas une bonne mémoire, j’ai pourtant pleins de souvenir très vivants avec lui…  Et ce que je me rappelle de lui, ce n’est pas des statistiques de méchants qu’il a arrêté, ou du nombre d’activités de préventions qu’il a fait ou du nombre de contravention données…  C’est de l’homme…

Ce qui me porte à me demander: Qu’est-ce que je laisserai derrière moi?

Et vous?  Que laisserez-vous?

Une grosse maison? Une magnifique voiture? Un gros compte en banque? Un gars qui ne pensait qu’au travail? Un gars qui comptait 30 buts par saisons? Qui frappait pour .352 au baseball? Des statistiques?

Ou une personne qui s’est occupé de son prochain…

Mon choix est fait…

Les gens qu’on aime ne meurent pas… Ils continuent de vivre dans notre esprit…

Ne criez pas que les pompiers sont stupides parce qu’ils arrosent à côté du feu!

Vous regardez les nouvelles à la télévision.  L’annonceur vous parle d’un important incendie en cours et vous montre les images du reportage.  Vous n’en revenez pas, l’incendie est violent, une boule de feu et vous voyez les pompiers qui arrosent les bâtiments situés de part et d’autre du bâtiment en flamme et aucun d’eux n’envoie d’eau sur le brasier!

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Non mais! Sont vraiment stupides les pompiers, ils n’arrosent pas le feu, ils arrosent à côté!

Un commentaire que j’ai déjà entendu quelques fois dans ma carrière!  Non, ce n’est pas de la stupidité mais plutôt une tactique de travail pour nous permettre de limiter les pertes matérielles. Pour vous aider à comprendre, expliquons brièvement un des principes d’extinction des incendies, soit le refroidissement du combustible.  Pour être en mesure d’éteindre par refroidissement un incendie, il faut être en mesure d’envoyer l’eau directement sur le matériel qui brûle, pour absorber la chaleur de ce dernier et l’empêcher ainsi d’émettre des gaz de combustion.  Et quand je dis directement, je dis vraiment « DIRECTEMENT! »  En effet, lorsque le feu est vraiment intense, seul des jets de grande puissance seront en mesure d’atteindre le combustible.  Lorsque les jets ne sont pas en mesure d’envoyer suffisamment d’eau sur un foyer d’incendie, cette eau est transformée en vapeur avant même d’atteindre les matériaux qui brûlent.  Donc cette eau ne sert absolument à rien!

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Lors de l’arrivée des premiers intervenants sur les lieux d’un incendie, il arrive que le feu soit déjà tellement intense, que le bâtiment en cause sera une perte totale.

téléchargementLes premiers pompiers ne sont pas encore en quantité suffisante pour déployer et opérer toutes les lances nécessaires pour refroidir suffisamment le combustible pour l’éteindre.  Donc, les pompiers vont prioriser de limiter les dommages au bâtiment d’origine et tenter par tous les moyens d’empêcher la propagation de l’incendie aux bâtiments adjacents.

Un des modes de propagation de l’incendie est celui par rayonnement (exemple de la chaleur du soleil qui parvient à nous sur la terre). Lors des incendies importants, la chaleur rayonnante est telle qu’elle peut embraser des matériaux sur les bâtiments entourant le feu. Elle peut aussi passer au travers les fenêtres pour embraser des rideaux ou des meubles dans d’autres bâtiments.

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J’ai vu des bâtiments être endommagés à plus de 60 mètres (200 pieds) d’un feu de bâtiment résidentiel!  Et je ne vous parle pas de catastrophes comme celle de Lac-Mégantic… Donc pour diminuer le risque de propagation, les pompiers vont arroser les bâtiments environnants en priorité avant même d’appliquer de l’eau sur le feu.

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Au fur et à mesure de l’arrivée de forces supplémentaires et dès que la protection des risques avoisinants est assurée, les pompiers vont installer des jets pour appliquer de l’eau sur le foyer principal de l’incendie.  Dans un prochain article, je parlerai des types d’attaques des pompiers et pourquoi on a l’impression que personne n’arrose le feu…

Maintenant que vous en savez un peu plus, si vous voyez des pompiers arroser à côté d’un feu, est-ce un geste vraiment stupide?

Parions que si vous étiez propriétaire d’une maison voisine d’un incendie, vous aimeriez VRAIMENT que l’on empêche la propagation du feu!

 Merci à Luc Lebreux photographe incendie pour sa collaboration!

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Merci aussi à Sylvain Pedneault (©Sylvain Pedneault, http://www.lentille.com) pour la photo suivante :http://commons.wikimedia.org/wiki/File:FirePhotography.jpg

Non les pompiers ne vous niaisent pas…

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Vous êtes en ligne dans la circulation, pris en souricière en 10e place, une auto à votre droite, une autre à votre gauche, vous ne pouvez plus bouger. Et soudain, dans votre rétroviseur un mastodonte, un camion de pompiers arrive sirène hurlante, toutes lumières clignotantes…

Voilà votre cœur qui se mets à battre au rythme de la batterie dans le vidéo cover de Van Halen « Hot for teacher ».  Vous voulez bien laisser le passage mais c’est impossible…  Le camion continue à hurler pour tenter de faire stopper la circulation dans l’intersection et faire qu’une ouverture se crée dans cette mer d’automobiles. Vous tentez tout ce que vous pouvez pour laisser le passage et enfin finalement, il se faufile à côté de vous…  Il passe l’intersection et 100 mètres plus loin, vous voyez toutes les lumières qui s’éteignent, la sirène cesse de hurler et le camion continue tranquillement son chemin sans trop se presser!?!  Pire, vous arrivez à la hauteur du camion à l’autre feu de circulation et voyez des pompiers rirent à l’arrière du camion!

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« NON MAIS ILS NOUS NIAISENT-TU LES POMPIERS OU QUOI??!!

NON les pompiers ne vous niaisent pas!

Une petite explication sur le mode de fonctionnement et les codes de conduite des services d’incendie vous aidera à comprendre. Lorsqu’un appel de feu de bâtiment survient, plusieurs véhicules d’intervention (autopompe, camion échelle, unité d’urgence, etc) sont dépêchés sur les lieux et souvent en provenance de plusieurs casernes.  Cette attribution est nécessaire pour amener sur les lieux de l’incendie les ressources suffisantes prévues par la loi pour intervenir sécuritairement et efficacement sur le sinistre. Cependant lors de l’arrivée de la première unité sur les lieux de l’intervention, l’officier de ce camion évalue la situation, les risques, les besoins en ressources humaines et matérielles et détermine si les autres véhicules qui s’approchent en urgence sont toujours requis de se rendre sur les lieux de l’appel et, s’ils sont requis, est-il nécessaire qu’ils continuent en conduite d’urgence.  

Il arrive aussi qu’un véhicule dépêché sur une alarme incendie reçoive une annulation de la centrale d’appel suite à des informations que l’appel est non-fondé.

C’est dans l’une ou l’autre des situations décrites plus haut qu’il soit possible qu’un camion de pompier doive annuler sa course ou passer en mode de conduite non-urgente et ce, immédiatement après vous avoir mis toute cette pression il y a quelque secondes…

Et la raison de l’annulation de la course ou du changement de mode de conduite en mode non-urgente est simplement une question de gestion de risque.  En effet, les risques de collisions avec un véhicule d’urgence est élevé et si ce n’est pas avec le véhicule d’urgence que la collision survient, c’est entre les véhicules tentant de faire place à ces derniers.  Et frapper avec un camion de 20 tonnes et plus, ça ne pardonne pas! Donc pour diminuer les risques d’accidents, dès que possible on tente d’éliminer les déplacements en urgence.

Rappelez-vous, lorsqu’un véhicule d’urgence arrive par l’arrière, restez calme, ralentissez, serrez vers la droite et laissez passer… Et de grâce, ne vous collez pas dans le derrière du camion par la suite!

Et si arrivé à côté du camion vous voyez des pompiers rirent, c’est probablement une plaisanterie qui s’est dite dans la cabine…  Mais je vous garantie que les pompiers ne vous niaisent pas!

Au travail: retrouver la flamme…

Le travail, l’emploi, le métier ou la profession d’une personne occupe une grande partie de sa vie…  Il en va même d’une partie de son identité pour certains.  Cependant, au cours d’une carrière, différents événements risquent d’amener une perte de motivation. Pour n’en nommer que quelques-uns: que ce soit une déception sur les orientations organisationnelles, que l’on ne fasse plus partie des plans futurs pour des promotions ou même comme collaborateur, que la routine s’installe, qu’un climat difficile soit en place, qu’on a perdu contact avec notre apport à l’organisation…

Deux options s’offrent alors à nous, partir ou rester…  Et partir n’est souvent pas vraiment une option…  Alors on reste…

Un bon salaire, des bonnes conditions générales, permanent ou temps partiel, rien ne nous abrite du blues au travail…  Même que d’excellentes conditions de travail risquent de contribuer à bâtir une prison dorée d’où on ne veut pas partir car les probabilités de trouver des conditions similaires ailleurs sont faibles, voir nulles. Alors si rester est la seule option valable, il faut trouver une façon de vouloir rentrer au travail…  Car passer une carrière à s’emmerder, c’est trop malsain…

Loin de moi l’idée de résumer simplement en 1 article tous les tenants et aboutissants, toutes les variables et toutes les méthodes de revalorisation au travail!  J’apporte simplement ce qui a déjà fonctionné pour moi ou pour d’autre.

Commencez donc par faire votre job!

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Le problème quand on « entre » trop dans notre tête, c’est que celle-ci devient une boucle sans fin de réflexion…  On deviens de plus en plus des penseurs et de moins en moins des « faiseurs ».  On se perd en scénarios, on broie du noir, on s’ennuie…

À priori, il faut passer au travers la journée de travail.  Alors mettez-vous à la tâche…  Même si vous ne vous trouvez pas productifs, faites 1 chose…  Au moins cette dernière sera faite…  Puis une deuxième… Puis une troisième…  Vous vous surprendrez à reprendre vie…  Et vous vous rendrez compte que la journée avance…

La deuxième chose à faire, c’est de retrouver pourquoi vous faites ce travail…  Pour qui voulez-vous faire une différence…  Dans mon métier d’officier dans un service d’incendie, MES deux clients les plus importants sont: le client « end-user » qui signale le 911 et pour qui il s’agit de la pire journée de sa vie et il nous appel à l’aide…  Cette personne est dépassée par la situation qu’elle vit est nous sommes là pour aller l’aider…  AIDER…

Mon deuxième client est l’ensemble du personnel sous mes ordres… Mon rôle est de tout mettre en oeuvre pour encadrer, gérer, assister, former, outiller, guider, superviser et assurer la santé-sécurité de tous, dans le but ultime que chacun de mes employés ait tout ce qu’il lui est nécessaire pour exécuter son travail de façon professionnelle, rapide, efficace et surtout, dans un contexte où chacun de ces intervenants d’urgence retourne à leur famille à la fin de leur quart de travail sans blessures

Les deux précédents points représentent MES sources de motivation pour me recentrer sur mon travail.  Quelles sont les votre?

Si vous avez des trucs qui fonctionnent pour vous, je vous invite à les partager en commentaire pour le bénéfice de tous…

Articles intéressants:

http://www.mitraservices.com/PDF/Articles/%C3%89panouissement0704.pdf

http://www.irsst.qc.ca/-publication-irsst-donner-un-sens-au-travail-promouvoir-le-bien-etre-psychologique-r-624.html

http://www.lexpress.fr/emploi/gestion-carriere/demotivation-au-travail-faut-il-partir-ou-rester-huit-etapes-pour-faire-son-autodiagnostic_1319301.html

Officiers: Soyez le premier à entrer au feu, et le dernier à en sortir…

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On dit que les services d’incendie sont des organisations paramilitaires…  Notre ennemi est le feu, et nous sommes constamment en guerre contre lui…  Notre ennemi est plus puissant que jamais, avec des bâtiments étanches qui augmentent les risques de Backdrafts et de Flashovers. Une charge calorifique plus élevés que jamais avec tous les produits combustibles de types plastique et polyuréthanes, tous dérivés du pétrole..

Des bâtiments en bois avec des poutrelles ajourées et légères, qui sont économiques pour les constructeurs mais mortelles pour les pompiers.  Des bâtiments en aciers non-protégés qui ont une faible résistance à l’effondrement…

Et pour se battre contre cet ennemi, il faut que les officiers soient alertes pour protéger leurs hommes.  Pour qu’ils reviennent en vie après chaque quart de travail.

Officiez, maîtrisez le comportement du feu, notre ennemi…

Officiez, maîtrisez les bâtiments, le terrain de l’ennemi…

Officiez, maîtrisez les propriétés des combustibles, l’arme de notre ennemi…

Officiers, n’envoyez pas vos hommes là où vous n’iriez pas vous-mêmes…

Officiers, soyez les premiers à entrer…  Et les derniers à ressortir…

Avec tous vos hommes…

Vidéo sur l’attaque initiale des pompiers incluant la recherche de victime et le sauvetage

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Ce vidéo démontre bien la confusion initiale avec les citoyens paniqués, et le travail des pompiers par la suite.  Un enfant sera sorti par l’officier- pompier qui filme à l’aide d’une caméra de casque.  Par la suite, il effectue une recherche secondaire après l’extinction de l’incendie.  Remarquez le rythme respiratoire diminuer lorsqu’il n’y a plus de victime intérieure.  Remarquez aussi la mauvaise visibilité dont les pompiers ont à faire face.  L’écran lumineux que vous voyez à un certain moment est celui d’une caméra à imagerie thermique, permettant aux pompiers de « voir » dans la fumée.

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